Comment les trésoreries des solutions de couche 2 gèrent-elles des centaines de millions ? Arbitrum vs Optimism vs Base

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Mis à jour: 08/06/2026 07:42

8 juin 2026 : une date clé pour la gouvernance on-chain au sein de l’Arbitrum DAO, avec le lancement d’un vote déterminant susceptible d’influencer l’avenir de la gouvernance des solutions Layer 2. La Fondation Arbitrum a officiellement soumis au trésor de la DAO une proposition de budget opérationnel d’environ 43,5 millions de dollars pour l’exercice 2027. Ce financement se compose de 16 millions de dollars en stablecoins et actifs du monde réel (RWA), de 1 740 ETH (environ 3,5 millions de dollars) et de 230 millions de jetons ARB (soit près de 24 millions de dollars). Cette proposition va bien au-delà d’une simple demande budgétaire : elle constitue un nouveau test de résistance autour d’une question centrale pour les Layer 2 : « Comment une DAO doit-elle gérer un trésor valorisé à plusieurs centaines de millions ? »

Parallèlement, le concurrent d’Arbitrum, Optimism, évolue d’une « DAO expérimentale » vers un nouveau modèle organisationnel, tandis que le réseau Base de Coinbase annonçait en février 2026 son départ de l’OP Stack au profit d’une architecture technologique et de gouvernance unifiée et autonome. Les trajectoires divergentes de ces trois grands réseaux Layer 2 illustrent une tension de fond dans l’industrie : faut-il poursuivre l’idéal d’un vote on-chain décentralisé ou privilégier l’efficacité pragmatique d’une centralisation accrue ?

Proposition de budget Arbitrum à 43,5 M$ : répartition des fonds et controverses majeures

Contexte de la proposition et calendrier du vote

La Fondation Arbitrum a publié cette proposition sur le forum de gouvernance le 22 mai 2026. Après une semaine de « temperature check », le vote on-chain officiel débutera le 8 juin. Les fonds sollicités visent à soutenir les opérations, l’infrastructure technique et la croissance de l’écosystème d’Arbitrum pour l’exercice 2027.

En termes d’envergure, la demande de 43,5 millions de dollars de la Fondation est en réalité inférieure à ses dépenses opérationnelles totales estimées pour 2027 (soit environ 27,6 millions de dollars plus 244,9 millions d’ARB). L’écart sera comblé par la trésorerie existante de la Fondation. Autrement dit, la Fondation ne cherche pas à se faire rembourser l’intégralité de ses dépenses, mais sollicite un financement complémentaire auprès de la DAO, en mobilisant ses propres réserves pour couvrir la différence.

Quatre grandes catégories de financement

Selon les détails de la proposition, les fonds demandés se répartissent en quatre catégories principales :

Dépenses technologiques et de sécurité (env. 14,81 M$)

La technologie constitue le poste le plus important, représentant environ 54 % du budget total. Ce poste couvre la maintenance de l’infrastructure centrale pour Arbitrum One et Arbitrum Nova, y compris les audits de sécurité, les programmes de bug bounty, les explorateurs de blocs, l’hébergement cloud, la rémunération des contributeurs techniques, les outils de simulation, les plateformes d’analytique et d’autres systèmes de support. La Fondation considère ces dépenses comme une « infrastructure essentielle » non compressible.

Frais généraux et administratifs (env. 10,4 M$)

Ce budget couvre les salaires, les prestataires externes, les coûts juridiques et de conformité, les assurances et les fournisseurs de services externes. La proposition précise que ces fonds sont fondamentaux pour le rôle de la Fondation en tant que « structure légale » et entité opérationnelle.

Incitations écosystémiques et initiatives de croissance (distribution en jetons ARB)

Les 230 millions de jetons ARB sont principalement destinés à la croissance de l’écosystème, et non aux opérations courantes. La Fondation cite des programmes existants tels que Trailblazer, Audit Subsidy, ArbiFuel et DRIP, et mentionne que des projets comme Pendle, Ostium, USDAI, Instadapp, CowSwap et El Dorado ont déjà bénéficié d’un soutien antérieur.

Dépenses marketing variables (env. 2,38 M$)

Ce budget flexible est alloué à la promotion de la marque, aux événements communautaires et aux relations avec les développeurs.

Controverse : écart entre dépenses et revenus

La principale controverse porte sur l’ampleur du financement demandé (y compris la part en ARB), qui dépasse largement les revenus on-chain de la DAO Arbitrum issus des frais de transaction, des enchères Timeboost et des programmes d’expansion en 2025. Les données montrent que le revenu brut on-chain d’Arbitrum en 2025 s’est élevé à 23,49 millions de dollars, alors que la valeur totale de la proposition approche les 53 millions de dollars, soit environ 2,3 fois les revenus de la DAO.

Un représentant du forum (Arbit1) résume la préoccupation centrale : « La croissance de l’écosystème ne doit pas automatiquement se traduire par de la valeur pour les détenteurs de jetons. » Autrement dit, alors que la DAO continue de financer l’expansion de l’écosystème, les détenteurs de jetons ne disposent pas de mécanisme direct pour capter les retours sur investissement.

Les principales exigences en matière de responsabilité formulées par les représentants incluent :

  • Publication détaillée des KPI au niveau des projets
  • Déblocage des fonds par tranches selon des jalons, plutôt qu’en une seule fois
  • Rapports financiers trimestriels
  • Politiques claires sur l’utilisation des ARB et la restitution des fonds non utilisés
  • Transparence sur les ventes potentielles d’ARB, les adresses de portefeuille pour les flux de fonds, et suivi quantifiable des résultats des subventions

D’un point de vue gouvernance DAO, ces demandes reflètent l’ajustement rationnel des détenteurs de jetons dans le triangle « transparence – efficacité – responsabilité » de la gestion de trésorerie.

Indicateurs de croissance du réseau Arbitrum

Les partisans de la proposition mettent en avant les performances de croissance d’Arbitrum, citant les données clés suivantes :

  • 4,7 millions de transactions quotidiennes en moyenne en février 2026
  • Offre de stablecoins d’environ 8,6 milliards de dollars
  • Actifs RWA totalisant environ 800 millions de dollars
  • Volume cumulé de transactions de l’écosystème supérieur à 2,3 milliards

Ces chiffres confirment qu’Arbitrum demeure l’un des principaux réseaux Layer 2 d’Ethereum en termes de TVL et d’activité. Toutefois, la proposition intervient dans un contexte de regain d’attention sur la gouvernance et la sécurité, suite à l’incident récent de mint cross-chain de vsdCRV qui a relancé le débat sur la comptabilité des jetons cross-chain et la sécurité d’exécution des bridges.

Comparatif des trois grands modèles de gouvernance L2 : de la « démocratie on-chain » à l’« efficacité centralisée »

Pour bien comprendre l’enjeu de gouvernance de la proposition de budget d’Arbitrum, il est essentiel de replacer le sujet dans le paysage Layer 2 global. Arbitrum, Optimism et Base incarnent trois philosophies et trajectoires techniques distinctes, qui structurent la logique sous-jacente de la gestion de trésorerie, de la tokenomics et de l’engagement communautaire.

Arbitrum DAO : gouvernance à deux niveaux et système de délégués

La DAO Arbitrum contrôle actuellement environ 3 milliards de dollars d’actifs en trésorerie, avec une structure de gouvernance dite « à deux niveaux ».

Structure de gouvernance : Par la proposition AIP-1, la DAO Arbitrum a transféré environ 3,527 milliards d’ARB au trésor de la DAO, donnant à celle-ci un contrôle direct on-chain. Le processus de gouvernance comporte quatre étapes : temperature check sur le forum, vote off-chain SnapShot, exécution on-chain de la proposition via Tally, puis période d’exécution différée. SnapShot gère environ 96 % des votes majeurs de la DAO.

Security Council : Le Security Council, élu par la DAO tous les six mois, compte six membres et joue un rôle clé de « soupape de sécurité ». Il existe deux voies pour déclencher une mise à jour du protocole : via les propositions classiques de la DAO ou, en cas d’urgence, par action directe du Security Council. Lors de l’élection de mars 2026, 16 candidats étaient en lice et chacun devait recueillir au moins 0,2 % de l’offre votante (environ 9,8 millions d’ARB) pour accéder au second tour. Ce modèle « dual-track » vise à concilier décentralisation et capacité de réaction d’urgence.

Professionnalisation des délégués : Les protocoles comme Arbitrum, Optimism, Uniswap ou Aave s’appuient désormais sur 30 à 100 délégués actifs concentrant la majorité du pouvoir de vote, avec publication des historiques de vote et des prises de position. On observe ainsi une transition de la « démocratie directe » vers un modèle de « démocratie représentative ». La rémunération des délégués varie de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de dollars par an, et certaines organisations américaines (telles que Berkeley Blockchain ou Michigan Blockchain) opèrent désormais des équipes de délégués DAO à temps plein.

Maturité de la gestion de trésorerie : Les grandes DAO privilégient de plus en plus la détention de stablecoins ou de bons du Trésor tokenisés plutôt que de jetons natifs plus volatils. La trésorerie de la DAO Arbitrum est conservée via Safe, qui gère plus de 22 milliards de dollars d’actifs DAO.

Optimism Collective : gouvernance bicamérale et paradigme « ni entreprise, ni DAO »

Parmi les trois grands L2, la gouvernance d’Optimism est la plus singulière. Sa conception vise à répondre au risque « d’enshittification » des plateformes observé dans les DAO traditionnelles, où la recherche de profits à court terme compromet la viabilité à long terme.

Structure bicamérale : L’Optimism Collective se compose de la Token House et de la Citizens’ House. La Token House, réunissant les détenteurs d’OP et leurs délégués, applique le principe « un token, une voix » pour gérer les subventions écosystémiques, superviser le trésor OP et définir certains paramètres réseau (comme la configuration du sequencer). La Citizens’ House, qui représente les parties prenantes non financières, fonctionne sur un système de réputation et vise à empêcher la domination des intérêts purement capitalistiques.

Capital Allocation 2.0 : Début 2026, Optimism a lancé « Capital Allocation 2.0 » pour restructurer l’allocation du capital, investir plus efficacement dans le Superchain, renforcer le rôle d’OP dans le Superchain et accroître la responsabilité d’OP Labs. La Fondation prévoit de créer une entité légale (potentiellement DUNA) pour élargir les droits de vote et transférer certains actifs et pouvoirs de gouvernance on-chain.

Envergure du trésor et philosophie de gouvernance : L’Optimism Collective détient environ 2 milliards de dollars en OP et autres actifs. Sa philosophie centrale : « Le rôle de la gouvernance n’est pas d’encourager les votants à piloter le progrès via l’allocation de capital, mais d’empêcher la recherche de profits à court terme qui menace la pérennité de la plateforme. » Ce principe guide les décisions : Protocol Upgrade 2.0 vise à réduire le risque plateforme, tandis que Capital Allocation 2.0 cherche à limiter l’extraction de valeur à court terme.

De l’expérimentation à l’organisation : Dans sa vision Season 9 (janvier 2026), la Fondation Optimism appelle explicitement à un nouveau modèle organisationnel « ni DAO, ni entreprise ». Cette approche expérimentale vise à éviter le court-termisme de la « maximisation de la valeur actionnariale » des entreprises classiques, tout en contournant les inefficacités de l’allocation de capital typique des DAO.

Base : gouvernance d’entreprise et chemin vers l’indépendance technique

Le modèle de gouvernance de Base diffère fondamentalement de ceux d’Arbitrum et Optimism : il n’est pas régi par une DAO, mais opéré de façon centralisée par Coinbase. En février 2026, Base a annoncé sa migration de l’OP Stack d’Optimism vers une « stack technique unifiée » propriétaire, modifiant en profondeur sa posture de gouvernance.

Structure de gouvernance autonome : Après migration, Base mettra en place son propre cadre de gouvernance, un Security Council dédié et de nouveaux mécanismes de frais. Le Security Council sera désormais composé de signataires indépendants, remplaçant ceux issus d’Optimism, afin de limiter l’influence d’une seule organisation externe sur les décisions du protocole.

Feuille de route technique : Base prévoit jusqu’à six hard forks par an, soit environ le double du rythme précédent. Le réseau introduira également des systèmes multi-proof pour accélérer les retraits, ainsi que des mécanismes TEE et ZK proof. Classé actuellement comme rollup de niveau 1 en termes de décentralisation, l’équipe estime que la nouvelle architecture unifiée accélérera la transition vers le niveau 2.

Évolution du flux de revenus du sequencer : Auparavant, Base partageait une partie des revenus du sequencer avec l’Optimism Collective. Avec l’indépendance opérationnelle, Base pourrait conserver une part plus importante de ces revenus, ce qui affecterait les retours à long terme pour les détenteurs d’OP. Après cette annonce, le prix de l’OP a chuté d’environ 7 %, reflétant les inquiétudes du marché quant à la moindre implication de Base dans l’écosystème OP Stack Superchain.

Le parcours de gouvernance de Base est clair : pour les L2 adossés à des exchanges centralisés, la « gouvernance » s’apparente davantage à une « prise de décision stratégique d’entreprise » qu’à un mécanisme de consensus communautaire. Ce modèle offre une rapidité et une efficacité d’exécution certaines, mais son niveau de décentralisation demeure scruté de près.

Synthèse comparative des trois modèles

Dimension Arbitrum DAO Optimism Collective Base
Structure de gouvernance Deux niveaux (DAO + Security Council) Bicamérale (Token House + Citizens’ House) Gouvernance d’entreprise (pilotée par Coinbase)
Poids du token Pouvoir de vote basé sur la détention d’ARB Jetons OP + système de réputation Pas de jeton de gouvernance
Gestion du trésor Contrôle direct on-chain de la DAO (~3 Md$ d’actifs) Supervision Token House (~2 Md$ d’actifs) Gestion au niveau de l’entreprise par Coinbase
Mécanismes de sécurité Security Council de 6 membres, élu tous les 6 mois Cadre de mise à niveau du protocole + mécanismes d’allocation du capital Rollup niveau 1, transition vers niveau 2
Efficacité décisionnelle Gouvernance en 4 étapes, cycles longs Bicaméral expérimental, itération continue Centralisé, efficacité maximale
Professionnalisation des délégués 30–100 délégués actifs, vote délégué Délégation Token House + réputation Citizens’ House Non applicable
Philosophie centrale Gouvernance communautaire on-chain Nouveau modèle organisationnel pour éviter l’enshittification Infrastructure L2 de niveau entreprise

Enjeux profonds de la gestion de trésorerie DAO

Centralisation des délégués et participation au vote

Si le système de délégués répond à la faible participation au vote direct, il fait émerger de nouveaux défis. Actuellement, seuls environ 10 % des ARB sont réellement mobilisés en gouvernance, et la participation électorale est en baisse. En conséquence, le pouvoir décisionnel réel se concentre entre les mains d’une poignée de délégués actifs, ce qui crée une tension avec la vision initiale d’« autonomie décentralisée ».

Décorrélation entre prix du token et incitations à la gouvernance

Lorsque le prix du jeton de gouvernance chute fortement (l’ARB a perdu environ 76 % sur un an), la motivation des détenteurs à participer à la gouvernance diminue également. Cela crée une boucle de rétroaction négative : moindre participation → doutes sur la qualité des décisions → décote du prix du token → engagement encore plus faible. La critique formulée par des délégués dans la proposition Arbitrum à 43,5 M$ — selon laquelle « la croissance de l’écosystème est décorrélée de la valeur pour les détenteurs de jetons » — illustre bien ce décalage.

Incertitude juridique et réglementaire

Le statut juridique des DAO a connu quelques avancées en 2026, mais l’incertitude demeure. Les tribunaux américains commencent à statuer sur la personnalité juridique des DAO, mais des questions comme la fiscalité, la responsabilité limitée ou la conformité transfrontalière restent ouvertes. On compte désormais plus de 13 000 DAO dans le monde, pour environ 40 milliards de dollars d’actifs sous gestion, mais seules 220 disposent de plus d’un million de dollars de trésorerie, et moins de 80 présentent une gouvernance jugée saine par les observateurs institutionnels. Cette « structure pyramidale » montre que seule une minorité de DAO dispose d’une gouvernance véritablement mature.

Conclusion

La proposition de budget Arbitrum à 43,5 millions de dollars sera soumise au vote on-chain le 8 juin 2026. Son issue ne constitue pas seulement une décision d’allocation de ressources pour la DAO Arbitrum, mais un test collectif pour les modèles de gestion de trésorerie de l’ensemble du secteur Layer 2. L’exigence croissante des délégués pour une quantification des KPI, des déboursements par jalons et des mécanismes de responsabilité renforcés marque la transition de la DAO d’une gouvernance « guidée par le récit » à une gouvernance « pilotée par les données ».

Dans le même temps, Arbitrum, Optimism et Base incarnent chacun une voie spécifique pour la gouvernance L2 : Arbitrum perpétue la démocratie représentative déléguée on-chain, Optimism expérimente un modèle bicaméral « ni entreprise, ni DAO », et Base privilégie l’efficacité via une gestion de type entreprise. Aucun de ces modèles n’est intrinsèquement supérieur : ils traduisent des stratégies techniques, des philosophies fondatrices et des cultures communautaires différentes pour relever le défi central de « l’efficacité décentralisée ». Pour les investisseurs, développeurs et membres de l’écosystème, comprendre ces structures de gouvernance devient un prérequis — et non plus une simple option — pour s’impliquer durablement dans l’écosystème L2.

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