PER : La métrique que tout investisseur doit maîtriser pour évaluer les entreprises

Lorsque vous cherchez à investir en bourse, une question revient toujours : cette entreprise est-elle surévaluée ou sous-évaluée ? La réponse dépend souvent d’un seul chiffre : le PER. Cette métrique, aussi appelée Price/Earnings Ratio ou Ratio Prix/Bénéfice, est devenue la norme pour comparer les entreprises et prendre des décisions d’investissement éclairées.

Mais voici le détail : la majorité des investisseurs savent que le PER existe, mais peu comprennent réellement ce qu’il nous dit ou, plus important encore, quand il nous ment.

Que révèle le PER sur une entreprise ?

Le PER est un indicateur qui met en relation le prix de marché d’une action avec les bénéfices que génère l’entreprise. Essentiellement, il répond à une question fondamentale : combien de fois le bénéfice annuel de l’entreprise représente-t-il sa valeur totale en bourse ?

Imaginez une société avec une capitalisation boursière de 2 600 millions de dollars et un bénéfice net de 658 millions. Son PER serait d’environ 3,95. Cela signifie que les bénéfices d’une année ne couvriraient que 25 % de la valeur de l’entreprise en bourse. Ou, autrement dit, il faudrait presque 4 années de gains pour payer la valeur totale de la société.

Le PER fait partie des six indicateurs essentiels de l’analyse fondamentale : le PER lui-même, le BPA (bénéfice par action), le P/VC (prix sur valeur comptable), l’EBITDA, le ROE et le ROA. Bien que tous soient importants, le PER se distingue car il permet de faire des comparaisons rapides entre entreprises et de détecter des schémas de valorisation.

Le calcul du PER : plus simple qu’il n’y paraît

Calculer un PER est étonnamment accessible. En réalité, vous n’avez pas besoin d’être mathématicien pour le faire. Il existe deux approches équivalentes :

Option 1 : Au niveau de l’entreprise
Divisez la capitalisation boursière totale par le bénéfice net total.

Option 2 : Par action
Divisez le prix de l’action par le bénéfice par action (BPA).

Les deux formules donnent le même résultat. Par exemple, si une action coûte 2,78 dollars et que le BPA est de 0,09 dollars, le PER serait de 30,9. Cela signifie que le marché est prêt à payer 30,9 fois les bénéfices annuels actuels pour cette action.

Les données nécessaires sont à la portée de tous. Sur des plateformes comme Infobolsa (en Espagne) ou Yahoo! Finance (internationalement), elles apparaissent automatiquement sous les sigles PER ou P/E avec d’autres indicateurs clés.

Interpréter le PER : ce que les chiffres vous disent

Un PER faible (entre 0 et 10) suggère que l’entreprise est sous-évaluée. Cela paraît tentant, mais attention : cela reflète parfois que les marchés se méfient d’elle, peut-être en raison de problèmes de gestion ou de déclin sectoriel.

Un PER modéré (entre 10 et 17) est la zone dorée pour beaucoup d’analystes. Il concerne des entreprises avec une croissance attendue sans spéculation excessive.

Un PER élevé (entre 17 et 25) peut indiquer deux choses : soit l’entreprise a connu une croissance significative depuis la dernière publication de résultats, soit les marchés anticipent un avenir brillant qui pourrait être trop optimiste.

Un PER très élevé (plus de 25) entre dans une zone risquée. C’est là que l’on trouve à la fois des entreprises avec des projections spectaculaires et des bulles spéculatives.

Le cas Meta et Boeing : deux leçons sur le PER

Prenons Meta Platforms (anciennement Facebook). Pendant des années, son action montait tandis que le PER diminuait systématiquement, une combinaison idéale qui reflétait une croissance régulière des bénéfices. Mais fin 2022, la tendance s’est rompue : les taux d’intérêt ont augmenté et les investisseurs technologiques ont fui, indépendamment du fait que le PER continuait de baisser. La leçon : le PER n’est pas infaillible lorsque les contextes macroéconomiques changent.

Boeing présente un cas différent. Son PER est resté dans des plages relativement stables, et le prix de l’action évolue en parallèle. Ici, l’indicateur fonctionne de manière plus prévisible, bien qu’avec des exceptions selon les cycles du secteur aéronautique.

Variantes avancées : PER de Shiller et PER normalisé

Le PER standard a une limitation évidente : il ne regarde qu’une année de bénéfices, ignorant la volatilité naturelle des résultats d’une entreprise.

Pour corriger cela, Robert Shiller a développé une variante utilisant la moyenne des bénéfices des 10 dernières années ajustés par l’inflation. L’idée est qu’en faisant la moyenne sur une décennie, on obtient une image plus stable et prédictive qu’avec une seule année. Selon Shiller, ces 10 années de données peuvent même prévoir les 20 années de bénéfices à venir. C’est particulièrement utile dans les cycles économiques longs.

Le PER normalisé va plus loin. Il ajuste la capitalisation boursière en soustrayant les actifs liquides et en ajoutant la dette financière. Au lieu du bénéfice net, il utilise le flux de trésorerie disponible (FCF). Cette approche est chirurgicale : elle sépare le grain de l’ivraie et révèle la santé financière réelle. Un exemple classique est l’achat du Banco Popular pour 1 euro : bien que le prix nominal ait été ridicule, l’acheteur (Banco Santander) héritait d’une dette astronomique que d’autres concurrents avaient rejetée.

PER par secteurs : ne pas comparer des pommes avec des oranges

Une erreur courante en analyse fondamentale est de comparer directement des entreprises de secteurs différents.

Les banques et les industries se négocient généralement avec des PER faibles, dans la fourchette de 2 à 8. ArcelorMittal, la sidérurgique, affiche un PER de 2,58. Cela ne signifie pas qu’elle est sous-évaluée ; c’est simplement normal dans son secteur.

Les entreprises technologiques et biotechnologiques évoluent dans un autre univers. Zoom Video, propulsée par l’explosion du télétravail, tourne autour d’un PER de 202,49. Pour le secteur technologique, c’est relativement normal. Comparer Zoom à ArcelorMittal en se basant uniquement sur le PER serait absurde.

C’est pourquoi, les investisseurs sérieux comparent toujours dans le même secteur et la même zone géographique, en supposant qu’ils évoluent dans des conditions de marché similaires.

Le PER et la stratégie Value Investing

Les adeptes du Value Investing (chercher de bonnes entreprises à bon prix) adorent le PER. Des fonds comme Horos Value International affichent un PER de 7,24, nettement en dessous de la moyenne de leur catégorie (14,56). Cobas International, autre emblème du value, fonctionne aussi avec des PER faibles (5,47 contre 14 pour sa catégorie).

Pour ces gestionnaires, un PER faible sur une entreprise solide est exactement l’opportunité qu’ils recherchent. Le contraste avec les stratégies de croissance est évident : les fonds Growth cherchent des entreprises avec un PER élevé mais avec des projections de bénéfices accélérées.

Les limites du PER : quand ne pas lui faire confiance

Malgré son utilité, le PER présente d’importantes lacunes :

Il n’est pas applicable aux entreprises non rentables. Si une société ne génère pas encore de bénéfices, le PER n’existe pas ou est négatif.

Il ne capture qu’un instantané. Le PER d’aujourd’hui ne dit rien sur les problèmes opérationnels ou les changements de gestion à venir.

Dans les entreprises cycliques (construction, mines, énergie), le PER joue des tours. Au sommet du cycle économique, le PER baisse car les bénéfices sont au maximum. En période de dépression, il monte car les bénéfices chutent. Investir uniquement en se basant sur le PER dans ces secteurs est risqué.

Combiner le PER avec d’autres métriques

Une analyse sérieuse ne dépend jamais uniquement du PER. Elle doit s’intégrer avec :

  • BPA (Bénéfice par Action) : les bénéfices croissent-ils ou diminuent-ils ?
  • Prix/Valeur Contable : combien payez-vous pour chaque dollar de patrimoine ?
  • ROE (Return on Equity) : quelle rentabilité la société génère-t-elle avec le capital investi ?
  • ROA (Return on Assets) : quelle efficacité dans l’utilisation des actifs ?
  • RoTE (Return on Tangible Equity) : rentabilité sur le patrimoine tangible

De plus, examinez les sources de bénéfices. Viennent-elles du cœur de métier ou de ventes ponctuelles d’actifs ? Un bénéfice gonflé par une vente unique est un signal d’alarme.

Ce qu’il faut retenir

Le PER est puissant mais pas infaillible. C’est l’outil le plus rapide pour comparer des entreprises similaires, mais il nécessite du contexte. Un PER faible pour une entreprise au bord de la faillite reste une mauvaise opportunité. Un PER élevé pour une tech en forte croissance peut être justifié.

Consacrez au moins 10 minutes à approfondir les états financiers, le secteur, la gestion et les perspectives de l’entreprise. Ensuite, utilisez le PER comme un premier indicateur, pas comme la vérité absolue. Ainsi, vous construirez un projet d’investissement solide et rentable.

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