Le dilemme de sécurité de la Pologne ravive la bataille sur la régulation de la cryptographie alors que le gouvernement contourne le veto présidentiel

Le gouvernement polonais a intensifié sa confrontation avec le président Karol Nawrocki en soumettant mardi une version non modifiée de sa réglementation controversée sur les actifs numériques. L’administration du Premier ministre Donald Tusk présente cette initiative législative comme une question de sécurité critique, en attirant particulièrement l’attention sur les liens documentés entre la mafia polonaise, les opérateurs du renseignement russe et des centaines d’entités étrangères opérant dans l’écosystème des cryptomonnaies en Pologne. Le porte-parole du gouvernement, Adam Szłapka, a confirmé que le projet de loi réintroduit ne comporte aucune modification — littéralement “pas même une virgule” — par rapport à la version que le président avait rejetée après l’échec de la tentative de veto du parlement.

La justification sécuritaire : criminalité organisée et menaces étrangères

Tusk a présenté la réglementation comme une infrastructure essentielle de défense nationale lors de la séance du conseil des ministres mardi. Son administration souligne l’existence de réseaux criminels sophistiqués exploitant les cryptomonnaies pour un financement clandestin, avec une attention particulière portée aux syndicats du crime organisé russes et aux acteurs étatiques acheminant des ressources via des canaux numériques. Des enquêtes de sécurité ont révélé des preuves d’entités étrangères — opérant sous l’égide de la mafia polonaise aux côtés de réseaux de renseignement russes — utilisant des transferts crypto pour financer des opérations de sabotage domestique, notamment des attaques contre des infrastructures de routes d’approvisionnement vers l’Ukraine.

Le ministre des Finances, Andrzej Domański, a renforcé cet argument en soulignant la vulnérabilité du marché non réglementé : environ 20 % des participants au commerce de détail perdent des fonds chaque année à cause de fraudes. Dariusz Korneluk, le procureur général, a créé la semaine dernière une task force spécialisée pour enquêter sur la criminalité liée aux cryptomonnaies et les schemes de financement illicites. Les responsables gouvernementaux soutiennent que des garde-fous réglementaires fondamentaux sont indispensables face à l’exploitation systématique par des acteurs hostiles du vide réglementaire actuel en Pologne.

Tusk a détaillé le paysage de la menace : “Nous sommes confrontés à des phénomènes extrêmement dangereux liés à l’argent russe et aux réseaux de crime organisé,” suggérant que les partisans du veto pourraient être liés à des “intérêts douteux” profitant du statu quo non réglementé.

La confrontation présidentielle et le désaccord réglementaire

Le président Nawrocki maintient son opposition en affirmant que la législation viole le cadre (MiCA) des marchés des crypto-actifs de l’UE, notamment ses principes de proportionnalité, et compromet les droits de propriété. Son administration a indiqué être ouverte à une surveillance raisonnable des cryptomonnaies, mais refuse la portée du projet actuel. Malgré les efforts de Tusk pour organiser des briefings de sécurité supplémentaires afin de convaincre le président, Nawrocki n’a montré aucun signe de reconsidération de sa position.

Le projet de loi bloqué établirait une supervision nationale complète via une licence obligatoire pour les prestataires de services crypto, des protocoles de protection des investisseurs, des exigences de garantie pour les stablecoins, et des contrôles anti-blanchiment. L’Autorité de supervision financière de la Pologne (KNF) obtiendrait un pouvoir d’application extraordinaire : la capacité de bloquer administrativement des sites web liés aux cryptomonnaies, d’imposer des amendes pouvant atteindre 10 millions de zlotys, d’appliquer des peines d’emprisonnement jusqu’à cinq ans pour infractions graves, et de geler des comptes pendant six mois lors d’enquêtes sur des manipulations de marché suspectes.

Les critiques du secteur, y compris des parlementaires de l’opposition et des représentants du secteur, avertissent que ce cadre détruirait le marché crypto polonais — qui compte environ trois millions d’utilisateurs. Tomasz Mentzen, du parti politique Confédération, a souligné un problème structurel : la KNF polonaise a historiquement mis 30 mois pour traiter les demandes de licence, ce qui est le délai d’approbation le plus lent dans l’UE. Les juridictions voisines ont mis en œuvre des exigences similaires à MiCA dans des délais nettement plus courts. L’économiste Krzysztof Piech a totalement remis en question la nécessité de ce projet, en rappelant que la conformité à MiCA à l’échelle de l’UE deviendra obligatoire le 1er juillet 2026, protégeant tous les résidents, peu importe leur lieu de résidence.

Implications stratégiques et contexte européen

La Pologne reste actuellement le seul État membre de l’UE sans législation nationale finalisée à la manière de MiCA avant la date limite de mise en œuvre en 2026. Les acteurs du secteur avertissent que l’approche réglementaire stricte entraînerait une émigration des entreprises, privant la Pologne de recettes fiscales, d’emplois et d’investissements technologiques, alors que les sociétés se déplacent vers des juridictions plus favorables à la régulation. Le ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski a suggéré que les dons politiques de l’industrie à des figures de droite expliquent en partie la résistance à un contrôle réglementaire accru.

Ce différend reflète des débats plus larges en Europe concernant l’architecture de supervision des cryptomonnaies. La Commission européenne a proposé de centraliser la supervision sous l’égide de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) plutôt que de préserver le modèle décentralisé de régulateurs nationaux de MiCA. La situation de la Pologne illustre la tension entre les impératifs de sécurité et l’efficacité réglementaire — un conflit que les décideurs politiques du continent doivent de plus en plus affronter à mesure que la fenêtre de conformité de juillet 2026 se rapproche.

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