#PredictWorldCup🇧🇷vs🇳🇴


La malédiction, le cyborg et la question à laquelle le Brésil ne peut échapper

Commençons par la statistique gênante.

Quatre matchs. Zéro victoire. Deux nuls. Deux défaites.

Le Brésil — quintuple champion du monde, la nation la plus titrée de l'histoire du football — n'a jamais battu la Norvège. Pas lors d'une amicale à Oslo en 1988 (1-1). Pas lors d'une autre amicale en 1997, quand la Norvège les a écrasés 4-2. Pas même lors de la Coupe du Monde 1998, quand le Brésil était champion en titre et que le but de Flo à la 80e minute à Marseille a provoqué l'une des plus grandes surprises de la phase de groupes. Et pas en 2006, quand la dernière rencontre s'est soldée par un match nul 1-1 en amical et que la malédiction s'est discrètement renforcée.

Vingt-huit ans. Zéro victoire. La Norvège est la seule nation que le Brésil ait affrontée et n'ait jamais battue.

Le 5 juillet, au MetLife Stadium dans le New Jersey, le sortilège connaît son plus grand test.

Car cette fois, la Norvège a amené une arme qui n'existait lors d'aucune de ces précédentes rencontres. Erling Haaland compte cinq buts en trois matchs de Coupe du Monde. Il a marqué deux fois contre le Sénégal — un du pied gauche, un d'une volée du droit qui vous rappelle qu'il n'est pas seulement un finisseur, c'est un prédateur opérant à plein régime. Il a inscrit le but vainqueur à la 86e minute contre la Côte d'Ivoire, une frappe ratée et grattée qui a franchi la ligne parce que Haaland franchit les lignes. Ce but — son 60e en 53 sélections seniors — a envoyé la Norvège vers sa première victoire en phases éliminatoires de Coupe du Monde et a programmé le rendez-vous avec le Brésil dont tout le tournoi parle.

Il a marqué 25 buts lors de ses 13 dernières compétitions internationales. La Norvège a remporté tous les matchs — les 16 — où Haaland a marqué. C'est une anomalie statistique coiffée d'un casque viking.

Et voici le détail qui rend ce match fascinant d'un point de vue tactique : le défenseur central brésilien Gabriel et Haaland se sont affrontés 11 fois en Premier League entre Arsenal et Manchester City. Haaland a marqué six buts lors de ces 11 rencontres. Gabriel connaît parfaitement le jeu de Haaland. Il sait aussi qu'il ne peut pas l'arrêter.

La forme du Brésil dans le tournoi raconte deux histoires différentes selon la mi-temps que l'on regarde. Les démolitions 3-0 de l'Égypte et de l'Écosse semblaient indiquer que la Seleção traversait la phase de groupes sur le pilote automatique. Mais le 32e de finale contre le Japon a révélé quelque chose de plus fragile : une première mi-temps où le Brésil n'a presque rien offert, a été mené sur une frappe de Sano, et a eu besoin d'une tête de Casemiro et d'un tir enroulé de Martinelli à la 96e minute — créé par Bruno Guimarães — pour éviter les prolongations contre une équipe qui n'avait jamais gagné un match éliminatoire de Coupe du Monde. Les xG racontaient une histoire plus clémente (1,72 contre 0,23 pour le Japon), mais le tableau d'affichage disait la vérité : le Brésil a été mené pendant 65 minutes contre une équipe qu'il aurait dû balayer.

Ils ont encaissé deux buts dans tout le tournoi — un contre le Maroc, un contre le Japon — mais les deux ont exposé le même schéma : une défense que l'on peut atteindre si l'on s'engage dans la transition et qu'on ne respecte pas le maillot. La Norvège, avec Haaland en point de mire et Odegaard tirant les ficelles derrière lui, est construite exactement pour ce genre de perturbation. L'équipe de Solbakken ne domine pas la possession. Elle n'en a pas besoin. Elle absorbe, elle se décale, elle libère Haaland dans des couloirs qui existent pendant environ deux secondes avant que la fenêtre ne se referme. Il transforme ces deux secondes en buts.

Vinícius Júnior a quatre buts en Coupe du Monde. Il a été discret contre le Japon — privé d'un magnifique but individuel par l'arrêt de Suzuki contre le poteau — et la question qui plane sur l'équipe d'Ancelotti est de savoir si Vini peut produire le genre de performance qui rend la discipline défensive norvégienne obsolète. La réponse, d'après ce que nous avons vu jusqu'à présent, est : peut-être, mais pas pendant 90 minutes. L'attaque du Brésil vacille. Elle génère des occasions par à-coups puis s'éteint pendant des séquences qui leur coûteraient cher contre une équipe avec une contre-attaque plus impitoyable.

Et puis il y a Neymar — apparemment prêt pour 90 minutes mais « pas content » de son rôle de remplaçant. Ce seul sous-plot pourrait faire basculer la température émotionnelle de ce match. Si Ancelotti se tourne vers Neymar dans un moment de désespoir, c'est soit un coup de maître, soit un aveu que le Plan A ne fonctionne pas.

Les marchés de paris placent le Brésil à -0,5 sur l'écart, le total des buts à 2,5. La plupart des pronostics aboutissent à un 2-1 ou 3-1 pour le Brésil. Le consensus est clair : le Brésil devrait gagner. Le consensus est aussi, implicitement, nerveux. On ne porte pas une malédiction aussi longtemps sans qu'elle ne devienne partie intégrante de la psychologie. Chaque joueur brésilien qui foulera la pelouse du MetLife dimanche connaîtra le record. Ils le sentiront. Et la Norvège — qui n'a rien à perdre et un attaquant qui transforme « rien à perdre » en chaos — s'appuiera dessus.

Mon avis : la qualité individuelle du Brésil l'emporte, mais pas confortablement. Haaland marque. Vini marque. Ça se joue jusqu'au bout. Brésil 2-1, probablement tard, probablement avec le genre de tension qui vous fait oublier que c'était « attendu ».

Mais je ne serais pas surpris — vraiment pas surpris — si la malédiction persiste. Haaland donne à la Norvège des « très faibles » chances de battre le Brésil, selon sa propre estimation. Faible est suffisant. Faible a suffi pendant 28 ans.

🇧🇷 vs 🇳🇴 — 5 juillet, MetLife Stadium. La malédiction rencontre le cyborg. Misez.

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