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Le récit de l’inflation vient de changer, mais ne faites pas encore sauter le champagne

Le PPI déçoit fortement. La Fed retient son souffle.

L’indice des prix à la production (PPI) de juin vient d’atterrir avec fracas sur les écrans : 5,5% en glissement annuel, soit 70 points de base de moins que le consensus à 6,2%. En variation mensuelle ? Une baisse de 0,3% : la plus forte chute depuis avril 2020, lorsque le monde se confinait et que les contrats à terme sur le pétrole sont brièvement passés en territoire négatif.

L’essence a mené la fuite, plongeant de 12% en un seul mois et représentant environ les deux tiers de la baisse des biens. C’est le genre de chiffre qui pousse les rédacteurs à aller chercher leurs thesaurus et qui oblige les traders à recalibrer en temps réel leurs paris sur la Fed.

Le refroidissement du PPI ne se produit pas dans le vide. Il fait suite à la surprise CPI de mardi : une baisse mensuelle de 0,4% des prix à la consommation, la première baisse en quatre ans. Pris ensemble, tout indique que les pressions sur les prix s’atténuent, au moins au niveau de la production en gros.

Mais en creusant, l’image se trouble. Le PPI « core » hors alimentation, énergie et commerce est resté stable à 5,1%. L’inflation des services demeure tenace. Et n’oublions pas : les prix de l’essence sont encore en hausse d’environ 43% par rapport à juin 2025, portés par le conflit en cours avec l’Iran, qui injecte de la volatilité dans chaque prévision énergétique.

La réaction du marché : de la posture « hawkish » à l’hésitation

Le réajustement dans les marchés de taux a été rapide et décisif. CME FedWatch montre désormais que la probabilité d’une hausse de taux en juillet a chuté sous 15%, contre près de 50% seulement quelques jours plus tôt. Septembre ? Les traders intègrent environ 45% de chances de resserrement, loin des probabilités de 65%+ observées plus tôt dans la semaine.

Traduction : le marché obligataire donne à la Fed la marge nécessaire pour faire une pause. Pour l’instant.

Mais faire une pause ne veut pas dire virer de cap. Et c’est là qu’intervient Kevin Warsh.

Le président de la Fed, Kevin Warsh, n’a pas mâché ses mots lors de son audition au Congrès cette semaine. Interrogé sur le fait de savoir si le refroidissement du CPI signifiait « mission accomplie », sa réponse a été immédiate et sans ambiguïté : « Absolument pas ».

Le message de Warsh aux législateurs — et donc aux marchés — était limpide : la Fed a « une tolérance zéro pour une inflation durablement élevée ». Un seul mois de données plus faibles n’efface pas cinq ans d’instabilité des prix. La cible des 2% de la banque centrale n’est pas une suggestion ; c’est un mandat.

Ce qui est intéressant, c’est la façon dont Warsh a cadré la suite. Pour la première fois depuis sa prise de fonction en mai, il a laissé entendre les outils que la Fed pourrait éventuellement déployer « une bonne dispute entre membres de la même famille » sur l’ampleur et le calendrier des ajustements de politique. Des économistes de Fitch ont noté que c’était le plus proche que Warsh ait été d’admettre que les hausses de taux restent sur la table, même s’il s’arrête avant une communication prospective explicite.

Le sous-texte ? La Fed observe. De près. Et si l’inflation s’avère plus tenace que ce que suggèrent ces chiffres de juin, le « skip » en juillet pourrait très facilement devenir une « hausse » en septembre, voire au-delà.

Il y a une autre force en jeu ici, qui n’apparaît pas dans les tableaux du PPI mais colore chaque prévision d’inflation : l’Iran.

Le conflit a déjà propulsé les prix du pétrole dans une zone volatile. Toute escalade dans le Détroit pourrait annuler la baisse des prix de l’essence qui a alimenté l’écart du PPI de ce mois-ci. Warsh lui-même a reconnu que les risques géopolitiques rééquilibrent la balance en faveur de l’inflation, même si les inquiétudes sur le marché du travail se sont atténuées.

C’est un rappel : en 2026, la prévision de l’inflation ne se limite pas à la demande domestique et aux chaînes d’approvisionnement. Elle concerne la sécurité énergétique, la posture militaire et les calculs imprévisibles des conflits.

Le PPI de juin est indéniablement une bonne nouvelle pour les consommateurs, les entreprises et une Fed qui subissait une pression croissante pour agir. Mais proclamer la victoire serait prématuré.

Kevin Warsh a tracé sa ligne : la stabilité des prix est non négociable. Le marché intègre une pause, mais il garde aussi un œil sur septembre et sur les développements géopolitiques susceptibles de raviver des pressions inflationnistes du jour au lendemain.

Pour les investisseurs, le message est clair : profitez des données en refroidissement, mais ne vous installez pas confortablement. La politique de « tolérance zéro » de la Fed signifie que le prochain chapitre de cette histoire d’inflation est encore en train d’être écrit — et que la plume est entre les mains de Warsh
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